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Le mythe de la contribution perpétuelle de la science

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Johannes Moreelse, Démocrite, le philosophe rieur

De toutes les fables qui tissent notre pacte civilisationel, il en est une qui vibre sourdement dans notre subconscient telle la radieuse promesse d’interminables félicités qui éclaire notre devenir et celui des générations futures ; le mythe de la contribution perpétuelle de la science.

Quel est l’individu qui aujourd’hui n’adhère pas à de telles croyances ? ; « Ce qui n’a pas encore été expliqué par la science à ce jour le sera dans l’avenir » ; « La science contribue à l’accroissement graduel des connaissances » ; « La somme de savoirs et de moyens dont disposeront les générations futures sera plus élevé que celle des générations passées ». Notre éducation dans son entier nous pousse à adopter aveuglément de tels présupposés. En effet les théories scientifiques nous sont présentées dès le plus jeune âge avec une opportune et plaisante complémentarité. Ainsi si Aristote a déterminé au 4ème siècle avant JC que les corps ordinaires suivaient une trajectoire privilégiée vers le bas, Copernic a quant à lui introduit la théorie de l’héliocentrisme qui vient infirmer le concept de trajectoire privilégiée puisque la terre tournant autour du soleil pendant la chute d’un corps, cette direction varie dans l’espace. Kepler, Galilée et Descartes contribuerons ensuite successivement à la dynamique des corps en développant le principe d’inertie que parachèvera Newton avec ses fameuses lois du mouvement, établissant ainsi le socle de la mécanique contemporaine.

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Newton et sa pomme providentielle


La fabuleuse aventure de la connaissance se poursuivra par la suite avec les découvertes sur l’existence des champs magnétiques réalisées par Faraday puis plus récemment avec la théorie de la relativité générale établie par Einstein. L’écheveau de la connaissance s’évide ainsi à l’infini sous l’impulsion du génie humain et c’est le cœur plein d’une tranquille assurance que nous admirons ces grands esprits s’ajuster majestueusement à l’interminable camaïeu du savoir global. Et c’est cette assurance que oui, il existe en ce moment même des gens qui font avancer la science qui nous permet de considérer d’un œil confiant notre choix de civilisation. Car cette assurance à elle seule valide en grande partie notre civilisation. Si les générations passées ne disposaient pas d’une telle somme de savoirs et de moyens, c’est que logiquement nous les devançons, comme nous seront à notre tour devancés par les générations futures. Le savoir se construit ainsi brique par brique, une génération venant combler les lacunes de la précédente, une théorie scientifique venant compléter ou chasser une autre et cela jusqu’à l’infini.

Mais il est évident qu’une vision aussi complaisante de la connaissance n’est satisfaisante que pour les esprits simples qui s’attachent avant tout aux constructions idéologiques plutôt qu’à la science elle-même. Car il est certain que le mythe fondateur de la contribution perpétuelle de la science est lézardé de failles profondes puisqu’il repose sur deux axiomes erronés :

Le premier étant que la connaissance s’acquiert non pas de manière holistique mais graduellement. Le second étant que les découvertes scientifiques adviennent de manière opportune guidées uniquement par l’intérêt scientifique. Il n’est malaisé pour personne de constater l’absurdité du second axiome puisque l’essentiel des découvertes scientifiques d’aujourd’hui sont impulsées par les besoins de l’industrie en particulier les besoins de l’industrie de l’armement et de l’industrie pharmaceutique. Il est en revanche plus ardu pour l’esprit contemporain d’envisager la méprise fondamentale que constitue le premier axiome puisque chacun est habitué depuis l’enfance à sous-estimer les capacités de son propre esprit et à imaginer que l’on ne peut bénéficier d’un savoir valable qu’après de longues et pénibles études, confondant ainsi connaissance et érudition.

Il nous faudra donc quelque foi pour affirmer ceci : « La connaissance est une et indivisible, elle s’acquiert et c’est d’ailleurs à cette seule condition qu’on la nomme connaissance, de manière totale et holistique. Elle n’est pas morcelée en différents domaines mais embrasse la totalité de l’entendement humain. » Non ! La somme des savoirs dont dispose l’humanité ne va pas en s’accroissant et on pourrait même dire qu’elle va en périclitant (mais nous ne développerons pas cette thèse dans le présent article). Et nous confondons trop souvent progrès matériel et connaissance. La conviction que l’univers est composé d’atomes n’est pas une découverte récente subordonnée aux avancées dans les domaines de l’optique quantique mais c’est une vérité que professait déjà le penseur grec Démocrite depuis l’antiquité. Seulement ce qui est devenu réalisable aujourd’hui, c’est de démontrer une vérité par des preuves matérielles.

Ainsi le premier quidam venu pourra constater images à l’appui que oui la matière se compose d’atomes, de là à réaliser en quoi cette vérité agit sur lui-même et sur son propre rapport au cosmos….

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La science est-elle artificielle ?

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La question sonne telle une saillie drolatique née de quelque esprit fantaisiste au cerveau empoussiéré de théories créationnistes mais elle fut posée en réalité par l’un des plus éminents mathématiciens et philosophes français du 20ème siècle : Henri Poincaré dans son ouvrage La valeur de la science*. Et la question ne pouvait être posée que par un esprit universaliste saisissant dans un élan global l’ensemble des domaines de la pensée, si tant est qu’il existe des domaines de la pensée. Car dans la lignée de philosophes universalistes tels que Aristote ou Descartes, Poincaré n’a pas borné sa pensée au seul domaine des mathématiques mais a déployé un jugement allant de la métaphysique à l’épistémologie afin de questionner les fondements même de la connaissance.

C’est ainsi qu’il en est arrivé à s’interroger sur la valeur que l’on peut accorder à la science. La science nous permet-elle vraiment de connaître le réel ? «Non! » répond Poincaré, aucune théorie scientifique ne peut prétendre nous apprendre ce qu’est la chaleur, l’électricité ou la vie, elle ne peut nous en offrir qu’une image grossière et caduque car toute théorie ne fait qu’habiller le réel avec un discours. Ainsi le but de la science n’est pas de nous faire connaître la véritable nature des choses mais simplement d’étudier les rapports des choses pour en dégager des conventions et des lois. Ces conventions et ces lois nous serviront ensuite de règle d’action afin que nous puissions modifier le réel. Poincaré distingue dans ce but, le fait brut du fait scientifique. Le fait scientifique est le langage propre au scientifique dans lequel il décrit les rapports des choses quand le fait brut est l’évènement du réel. Le fait scientifique en cela qu’il n’est que convention et langage est donc par définition artificiel. Ainsi entre deux faits bruts A et B par exemple le mouvement d’un astre A et celui d’un astre B dans l’espace, la théorie de la gravitation de Newton introduit un intermédiaire abstrait, fictif et impalpable qui est l’entité ‘gravitation’.

On est alors très tenté de conclure que le scientifique se contente simplement de discourir sur le réel en y appliquant un langage de son cru sans pour autant percer la réelle nature des choses. « Oui » dit Poincaré mais le discours du scientifique lui permet d’élaborer des lois qui sont valables en cela qu’elles peuvent se vérifier par l’expérience et partant de là servir de règle d’action. Ainsi « le phosphore fond à 44° » est une loi maintes fois vérifiée par l’expérience et qui sert de règle d’action dans l’industrie de la pyrotechnie. Seulement, comme le fait scientifique n’est en réalité que le langage dans lequel, le scientifique exprime et catégorise la réalité, si l’on venait un jour à découvrir un corps qui possède toutes les propriétés du phosphore sauf le point de fusion, on attribuerait à ce corps un autre nom que phosphore et partant de là, la loi serait quand même sauve. Fatal écueil, auquel Poincaré échappe en admettant que si la science ne permet ni de connaître le réel, ni d’établir des règles d’action qui se vérifient à chaque fois, elle est utile néanmoins comme moyen de connaissance. C’est donc à cette fin, que s’établit la science, faire progresser la connaissance!

Où trouve-t-on encore l’humilité d’un esprit cardinal comme celui d’Henri Poincaré qui admettait si volontiers l’indigence de l’esprit humain face au réel, lorsqu’aujourd’hui nous sommes volontiers portés à croire que notre esprit est en mesure de le maîtriser? En témoigne la tragédie actuelle qui se joue à Fukushima, échelle de risques, enceinte de confinement et taux légal de radioactivité ne viennent pas à bout d’un drame humain qui révèle notre impuissance ontologique à maîtriser la réalité. Impuissance qui si elle nous avait inspiré un semblant d’humilité nous aurait ouvert les yeux sur les menaces d’une technologie qui met en danger toute la chaîne du vivant et que l’on ne prévoyait de dominer qu’à la grâce de notre capacité de prédiction, d’évaluation des risques et d’analyse qui vaut ce qu’elle vaut face à la réalité, c’est-à-dire pas grand-chose. L’astrophysicien Hubert Reeves affirmait il y’a peu après son revirement spectaculaire face au nucléaire : « Le nucléaire est une technologie pour les anges ». Et hélas nous ne sommes que des hommes !

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* Henri Poincaré « La Valeur de la science ». Editions Flammarion.



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