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Archives pour septembre 2011

UNE BREVE ANATOMIE DE L’ÂME

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« Anatomie de l’âme » l’oxymore est pour le moins troublant ! L’association de ces deux termes peut paraître tout à fait insolite à un esprit rationnel, le premier renvoyant à un domaine de la médecine s’attachant à décrire la structure interne du corps humain et le second à une entité impalpable et invisible dont l’existence ne peut être prouvée et qui cause tant d’embarras aux scientifiques que beaucoup se contentent d’en nier l’existence purement et simplement. L’association de ces deux termes n’est donc pas le fruit du hasard mais situe le nœud du problème. Est-il possible d’entreprendre la description de la structure et de la topographie de l’âme humaine ? S’il est aujourd’hui plus aisé de nier l’existence de l’âme que d’entreprendre sa description certains sages du moyen-âge nous livrèrent quant à eux des écrits d’une pertinence et d’une richesse incomparable sur la question.

C’est le cas notamment du grand théosophe oriental Shihâboddin Yahya Sohravardî, connu sous le nom de Shaikh Al-Ishraq (le Maître de la philosophie illuminative). Métaphysicien d’exception, il s’appliqua tout au long de sa brève vie à revivifier la philosophie des lumières des sages de l’ancienne Perse, transmettant et complétant les savoirs de prédécesseurs illustres tels que Platon et Avicenne. Dans son récit l’Archange empourpré* il aborde ce sujet complexe et nous livre une réflexion puissante alliant connaissance philosophique rigoureuse et perception mystique.

Sohravardî opère un raisonnement déductif basée sur une argumentation rigoureuse. Il s’attache tout d’abord à démontrer que l’âme est incorporelle et séparée de la matière. En effet si un être humain ne peut avoir conscience de la totalité de son corps, de chacun de ses membres et de chacun de ses organes, c’est donc qu’il n’est pas son corps. De plus l’être humain subit de manière constante un phénomène de dissolution et d’élimination sans pour autant en avoir conscience.
Ensuite Sohravardî démontre que l’âme est un substrat non mesurable par l’intellect humain, puisque celui-ci n’est capable de discerner une chose que si elle est actualisée en lui-même sous forme de concept. L’esprit humain intellige tout sous forme de concept, ainsi le concept véhicule lui fait admettre que la moto et l’automobile rentre dans la même catégorie. Le grand et le petit se regroupe alors sous une dénomination commune.**
C’est pourquoi l’âme est affranchie d’une dimension spatiale. On dit alors qu’elle est monadique et impénétrable; on ne peut la diviser par la pensée. De plus, elle gouverne le corps, s’intellige elle-même et intellige les choses.

L’âme est également dotée de facultés externes et de facultés internes. Ses facultés externes se composent des cinq sens connus: le toucher, le goût, l’odorat, l’ouïe et la vue.
Mais selon Sohravardî, ces facultés externes sont complétées par les facultés internes suivantes à laquelle sont associés les quatre éléments primordiaux:

-Le sensorium, est associé à l’élément eau car il est le bassin ou sont regroupées toutes les données récoltées par les cinq sens externes. Par ailleurs c’est dans le sensorium que l’on contemple toutes les formes récoltées pendant la veille lorsque l’on est en état de sommeil.
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-L’imagination représentative conserve les trésors du sensorium. Elle fixe l’ensemble des informations récoltées à l’instar de l’élément feu pour mieux les ériger ensuite en représentations ordonnées de la réalité.
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-La faculté estimative peut être définie comme la raison pure. Lui sont inaccessibles les réalités non perceptibles par les sens. Elle se contente d’élaborer des syllogismes à partir de ce que perçoivent les sens externes. Elle est la faculté la plus développée chez les êtres chez qui domine une rationalité excessive. Et à l’instar de la glace, elle est figée dans une réalité fragmentaire uniquement déterminée par les éléments fournis par l’extérieur.
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-La faculté cogitative ou méditative a quant à elle une double nature. Avec la fluidité qui caractérise l’élément eau, elle accueille les représentations puis elle les décompose, les transmute et les sublime à l’instar du feu. On l’appelle alors « Imagination représentative ». Elle est une faculté primordiale car elle permet notamment de contempler les réalités du monde intelligible.
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-La faculté mémorielle, est pour finir une fonction où domine l’équilibre imposé par l’élément terre et qui a pour mission de conserver l’ensemble des évènements survenus dans notre vie psychique et émotionnelle. C’est grâce à cette fonction que devient possible le ressouvenir des événements et des situations antérieurs.
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Sohravardî affirme également que chacun des sens internes possèdent dans le cerveau un emplacement qui lui est propre et que si un dommage affecte l’emplacement d’un des sens, les autres continuent néanmoins de fonctionner. Le parallèle s’impose évidemment avec le découpage du cortex cérébral introduit par la neurobiologie contemporaine. La neurobiologie établit une topographie sensitive et sensorielle du cortex cérébral comprenant trois centres concentriques : le centre de réception primaire, le centre de perception consciente et le centre d’interprétation. La carte cyto-architectonique du cortex cérébral, proposée par BRODMANN en 1909 reste la référence en matière de découpage du cortex cérébral. Il est néanmoins utile de noter que la neurobiologie moderne s’oriente exclusivement vers l’étude des correspondances entre les régions du cerveau et les parties du corps humain afin d’établir la manière dont l’information est traitée et cela dans une perspective médicale et thérapeutique. Quand la neurobiologie borne les fonctionnalités du cerveau humain à trois niveaux : Information – Traitement – Action, la métaphysique sohravardienne l’étend à des niveaux autrement supérieurs : Capacité méditative, Exploration des réalités purement intelligibles et Connaissances suprasensibles. C’est donc cette tendance à réduire les phénomènes à leur seule manifestation extérieure, caractéristique de l’ère moderne que s’attachait à démontrer René Guénon dans son essai : « Le règne de la quantité et les signes des temps » qui s’illustre ici avec force. Car ici c’est bien cet éloignement graduel du principe qui explique la dégradation des conceptions que l’homme se fait de lui-même et du monde qui l’amène aujourd’hui à nier les facultés supérieures de son Être.

*SOHRAVARDI « l’Archange empourpré. Quinze traités et récits mystiques ». Traduits du persan par Henri CORBIN. Editions FAYARD.

**Exemple donné par l’auteure de l’article.

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