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Archives pour juillet 2011

La plus monstrueuse falsification de l’histoire de l’humanité

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« La plus monstrueuse falsification de l’histoire de l’humanité par les historiens modernes » c’est en ces termes que l’historien et anthropologue Cheikh Anta Diop a qualifié l’attribution d’une ascendance blanche aux égyptiens de l’antiquité par les historiens de l’ère moderne. Dans son essai Nations nègres et culture rédigé en 1954, il ébranle jusqu’aux fondements de l’égyptologie, discipline nouvelle qui naquit dans le sillage des conquêtes napoléoniennes et qui se développa par la suite à l’ombre des empires coloniaux français et britanniques.

Cheikh Anta Diop, chercheur visionnaire, intrépide et audacieux comme le qualifia Césaire, lutta toute sa vie durant contre le conformisme et l’hostilité de nombre de ses pairs comme d’une grande partie de l’intelligentsia bourgeoise pour qui la reconnaissance négroïde de la civilisation égyptienne venait heurter pour le moins durement le mythe civilisateur du projet impérialiste et colonial. Beaucoup d’ailleurs ne se privèrent pas de qualifier ses travaux d’inconsistants et de fallacieux. Il faut dire qu’une reconnaissance négroïde de la civilisation égyptienne venait mettre à mal toute la construction idéologique qui établissait comme socle des nations européennes, la civilisation grecque, elle-même l’héritière de la civilisation égyptienne pour ce qui concerne la cosmogonie, les arts et les sciences en un mot, la culture. Car enfin comment imaginer que l’on puisse devoir l’essentiel des connaissances en mathématiques, en politique, en agriculture et en arts à une race à qui l’on prétendait apporter le progrès ?

Si la plupart des arguments en faveur d’une ascendance blanche des égyptiens de l’antiquité relèvent de prises de position passionnelles ou idéologiques, les arguments de l’historien d’origine sénégalaise sont pour le moins clairs et imprégnés de l’exigence de rigueur que lui imposait sa formation pluridisciplinaire en sciences exactes. C’est ainsi que par une approche méthodologique, il en est venu à questionner les écrits des contemporains de la civilisation égyptienne, les pères de l’histoire que sont Hérodote et Diodore de Sicile. Hérodote affirmait en parlant des habitants de la Colchide : « Les Egyptiens pensent que ces peuples sont des descendants d’une partie des troupes du pharaon Sésostris, je le conjecturai sur deux indices, le premier c’est qu’ils sont noirs et qu’ils ont les cheveux crépus ». (Histoires, Livre II) Diodore de Sicile établissait quant à lui, la parenté de la civilisation égyptienne avec la civilisation éthiopienne : « Les Ethiopiens disent que les Egyptiens sont une de leurs colonies qui fut menée en Egypte par Osiris. Ils prétendent même que ce pays n’était au commencement du monde qu’une mer, mais que le Nil entrainant dans ses crues beaucoup de limon d’Ethiopie, l’avait enfin comblé et en avait fait une partie du continent. Ils ajoutent que les Egyptiens tiennent d’eux, comme de leurs auteurs et de leurs ancêtres, la plus grande partie de leurs lois ; c’est d’eux qu’ils ont appris à honorer les rois comme des dieux et à ensevelir leurs morts avec tant de pompe ; la sculpture et l’écriture ont pris naissance chez les Ethiopiens. » (Histoire universelle, livre III). Dans l’Ancien Testament, l’Egypte est réputée peuplée par la descendance de Cham ancêtre des noirs, Cham dérivant lui-même de Kemit, qui signifie noir, nom par lequel les égyptiens désignaient leur pays.

Champollion le Jeune, père de l’égyptologie commente dans une lettre adressée à son frère les bas-reliefs du tombeau d’Ousiréï 1er représentant les différentes races d’hommes connues des Egyptiens se tenant devant le dieu Horus. «Les hommes guidés par le pasteur des peuples, Horus appartiennent à quatre familles distinctes ; le premier, le plus voisin du dieu est de couleur rouge-sombre ; les légendes désignent cette espèce sous le nom de Rôt-en-ne-Rôme, la race des hommes, les hommes par excellence, c’est-à-dire les égyptiens. Il ne peut y avoir aucune incertitude sur la race de celui qui vient après, il appartient à la race des nègres qui sont désignés sous le nom général de Nahasi. Le suivant présente un aspect bien différent, peau couleur de chair, tirant sur le jaune ou teint basané, nez fortement aquilin, barbe noire…ceux-ci portent le nom de Namou. Enfin le dernier a la teinte de peau que nous nommons couleur de chair, ou peau blanche, le nez droit, les yeux bleus, barbe blonde ou rousse, taille haute et très élancée, vêtu de peau de bœuf, conservant encore son poil, véritable sauvage tatoué sur diverses parties du corps ; on les nomme Tamhou. Je me hâtai de chercher le tableau correspondant à celui-ci dans les autres tombes royales et en le retrouvant en effet, plusieurs variations que j’y observais, me convainquirent pleinement qu’on a voulu figurer ici les habitants des quatre parties du monde, selon l’ancien système égyptien, savoir : 1° – les habitants de l’Egypte qui à elle seule formait une partie du monde, d’après le très modeste usage des vieux peuples 2°- les habitants propres de l’Afrique, les nègres, 3° – les asiatiques, 4° -enfin(et j’ai honte de le dire, puisque notre race est la dernière et la plus sauvage de la série) les européens qui à ces époques reculées, il faut être juste, ne faisaient pas une trop belle figure dans ce monde. Il faut entendre ici, tous les peuples de race blonde et à peau blanche, habitant non seulement l’Europe mais aussi l’Asie leur point de départ. Cette manière de considérer ces tableaux est d’autant plus la véritable, que dans les autres tombes les mêmes noms génériques reparaissent et toujours dans le même ordre. On y retrouve aussi les Egyptiens et les Africains représentés de la même manière, ce qui ne pouvait être autrement, mais les Namou (les asiatiques) et les Tamhou (les races européennes) offrent d’importantes et curieuses variations ». (Lettres écrites d’Egypte et de Nubie en 1828 et 1829).
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Il n’existe pas de race rouge-sombre, il n’existe pas de noir dans le sens exact du terme non plus, la couleur des noirs tirant sur le brun sans pouvoir être plus qualifiée, les deux premiers personnages des bas-reliefs représentent donc deux nuances de la même race noire. Il est donc particulièrement troublant que tant d’historiens se soient fourvoyés au point d’attribuer une ascendance blanche à la race égyptienne. Cet état de fait peut être expliqué en partie par les invasions successives que subit l’Egypte tout au long de son histoire vieille de 10000 ans. Conquise par les perses en -525, les macédoniens avec Alexandre, les romains avec Jules César en -50, les arabes au VIIème siècle, les turcs au XVIème siècle, les français avec Napoléon puis les britanniques au XIXème siècle. L’Egypte a connu un processus de métissage continu qui prit des airs de politique d’assimilation sous le règne des Ptolémés vers -200, le philologue suisse Bachofen faisant même état d’une instrumentalisation du culte de Dionysos comme « moyen particulièrement efficace de favoriser l’assimilation des grecs conquérants et leur fusion avec les égyptiens indigènes ». (Du règne de la mère au patriarcat, Johann Jacob Bachofen, 1938).

Les conclusions quant à l’ascendance blanche des égyptiens auquel nombre d’historiens sont parvenues peuvent donc avoir été essentiellement dictées par l’observation des peuples sémites et blancs peuplant actuellement l’Egypte, un peu comme si l’on avait décidé d’attribuer la parenté du menhir de Kerloas en Bretagne à l’actuelle communauté malienne de Brest.

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La science est-elle artificielle ?

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La question sonne telle une saillie drolatique née de quelque esprit fantaisiste au cerveau empoussiéré de théories créationnistes mais elle fut posée en réalité par l’un des plus éminents mathématiciens et philosophes français du 20ème siècle : Henri Poincaré dans son ouvrage La valeur de la science*. Et la question ne pouvait être posée que par un esprit universaliste saisissant dans un élan global l’ensemble des domaines de la pensée, si tant est qu’il existe des domaines de la pensée. Car dans la lignée de philosophes universalistes tels que Aristote ou Descartes, Poincaré n’a pas borné sa pensée au seul domaine des mathématiques mais a déployé un jugement allant de la métaphysique à l’épistémologie afin de questionner les fondements même de la connaissance.

C’est ainsi qu’il en est arrivé à s’interroger sur la valeur que l’on peut accorder à la science. La science nous permet-elle vraiment de connaître le réel ? «Non! » répond Poincaré, aucune théorie scientifique ne peut prétendre nous apprendre ce qu’est la chaleur, l’électricité ou la vie, elle ne peut nous en offrir qu’une image grossière et caduque car toute théorie ne fait qu’habiller le réel avec un discours. Ainsi le but de la science n’est pas de nous faire connaître la véritable nature des choses mais simplement d’étudier les rapports des choses pour en dégager des conventions et des lois. Ces conventions et ces lois nous serviront ensuite de règle d’action afin que nous puissions modifier le réel. Poincaré distingue dans ce but, le fait brut du fait scientifique. Le fait scientifique est le langage propre au scientifique dans lequel il décrit les rapports des choses quand le fait brut est l’évènement du réel. Le fait scientifique en cela qu’il n’est que convention et langage est donc par définition artificiel. Ainsi entre deux faits bruts A et B par exemple le mouvement d’un astre A et celui d’un astre B dans l’espace, la théorie de la gravitation de Newton introduit un intermédiaire abstrait, fictif et impalpable qui est l’entité ‘gravitation’.

On est alors très tenté de conclure que le scientifique se contente simplement de discourir sur le réel en y appliquant un langage de son cru sans pour autant percer la réelle nature des choses. « Oui » dit Poincaré mais le discours du scientifique lui permet d’élaborer des lois qui sont valables en cela qu’elles peuvent se vérifier par l’expérience et partant de là servir de règle d’action. Ainsi « le phosphore fond à 44° » est une loi maintes fois vérifiée par l’expérience et qui sert de règle d’action dans l’industrie de la pyrotechnie. Seulement, comme le fait scientifique n’est en réalité que le langage dans lequel, le scientifique exprime et catégorise la réalité, si l’on venait un jour à découvrir un corps qui possède toutes les propriétés du phosphore sauf le point de fusion, on attribuerait à ce corps un autre nom que phosphore et partant de là, la loi serait quand même sauve. Fatal écueil, auquel Poincaré échappe en admettant que si la science ne permet ni de connaître le réel, ni d’établir des règles d’action qui se vérifient à chaque fois, elle est utile néanmoins comme moyen de connaissance. C’est donc à cette fin, que s’établit la science, faire progresser la connaissance!

Où trouve-t-on encore l’humilité d’un esprit cardinal comme celui d’Henri Poincaré qui admettait si volontiers l’indigence de l’esprit humain face au réel, lorsqu’aujourd’hui nous sommes volontiers portés à croire que notre esprit est en mesure de le maîtriser? En témoigne la tragédie actuelle qui se joue à Fukushima, échelle de risques, enceinte de confinement et taux légal de radioactivité ne viennent pas à bout d’un drame humain qui révèle notre impuissance ontologique à maîtriser la réalité. Impuissance qui si elle nous avait inspiré un semblant d’humilité nous aurait ouvert les yeux sur les menaces d’une technologie qui met en danger toute la chaîne du vivant et que l’on ne prévoyait de dominer qu’à la grâce de notre capacité de prédiction, d’évaluation des risques et d’analyse qui vaut ce qu’elle vaut face à la réalité, c’est-à-dire pas grand-chose. L’astrophysicien Hubert Reeves affirmait il y’a peu après son revirement spectaculaire face au nucléaire : « Le nucléaire est une technologie pour les anges ». Et hélas nous ne sommes que des hommes !

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* Henri Poincaré « La Valeur de la science ». Editions Flammarion.



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