Archives pour juin 2011

La civilisation aurait-elle chassé la civilité ?

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Confucius présentant le jeune Gautama Bouddha à Lao Tseu.

Civilité ! Un terme de nos jours si peu accolé à celui de progrès car entendons le bien, c’est à celui-ci que l’on se réfère quand on avance le mot civilisation. Le progrès et sa cohorte de vertus quantitatives: croissance, évolution, profit et bénéfice, dont l’exponentialité seule garantit le mérite. Car après tout, ce qui croît ne peut être que bénéfique. Mais quand donc le progrès s’est-il substitué à la civilisation? Quand fut-il admis que l’accès au confort matériel était la plus haute expression du génie humain ? Sans doute à partir du moment où l’on a commencé à déconsidérer ce qui dans l’être humain n’était ni appréhendable par les sens, ni par la raison et dont l’essor de la psychanalyse au siècle dernier n’a constitué que la timide tentative de ne pas réduire complètement l’homme à sa plus simple expression anatomique.

Car à partir de l’instant où l’on a admis qu’il suffisait de créer les conditions matérielles de préservation et d’épanouissement du corps physique pour parler de progrès, les avancées de la médecine et l’essor de la consommation ont jeté les fondements de notre pacte civilisationnel. Et si l’on se base sur ces seuls aspects, on peut certes affirmer que nous sommes une civilisation avancée au regard des civilisations qui nous ont précédées. Et pourtant notre société est-elle réellement civilisée ? A ce stade, il nous faut quand même relever un aspect fondateur de notre société qui paraît pour le moins antinomique si ce n’est inconciliable avec la notion de civilisation : l’individualisme effréné. Comment peut-on établir comme moteur d’une civilisation, l’individualisme, puisque par définition la civilisation est l’ensemble des interactions entre individus qui génère des conventions, des mœurs et des us, tendant par leur raffinement et leur complexité à l’instauration d’un idéal ? Ne vivons-nous donc pas en contradiction totale avec l’idée même de civilisation en basant notre société sur l’individualisme ?

Parlons maintenant de barbarie puisque c’est celle-ci que l’on oppose à la civilisation. La barbarie ne devient-elle pas le lot d’une civilisation qui tend dans son entier à la seule préservation des libertés individuelles et des intérêts particuliers qu’elle place au-dessus de toute concorde universelle ? Car enfin quel est l’aboutissement de tout cela ? La compétition de tous contre tous ! Fondement de la barbarie, barbarie que l’on peut espérer soulagée par une quelconque main invisible qui viendrait comme une ombrelle au-dessus du chaos. Cette compétition effrénée entraîne de fait une société de la déloyauté et de la tromperie systémique. Pourquoi donc être loyal puisqu’il ne s’agit que de préserver son intérêt particulier ? Ainsi dans les limites de plus en plus lâches de la légalité, le producteur aura tout loisir de tromper le consommateur, le politique de tromper l’électeur et l’individu de spolier son semblable. Dans la règle du chacun pour soi, il n’existe pas de place pour la civilité qui trouve sa réalisation dans la préservation de l’intérêt de son vis-à-vis, c’est à dire de l’autre avant soi.

Chaque civilisation humaine jusque- là avait établi comme point de parachèvement l’éthique et la morale et non la performance et l’efficience. Les réalisations d’une civilisation millénaire comme la Chine peuvent-elles s’expliquer en dehors des notions confucéennes de ‘Li ‘et de ‘Ren’ ? La notion de Ren, pierre angulaire de la mentalité chinoise est proprement édifiante. L’idéogramme ‘Ren’ se compose de deux éléments graphiques, l’un représentant un être humain et l’autre représentant le chiffre deux.
La civilisation aurait-elle chassé la civilité ?  dans Philosophie ren_3
La notion de ‘Ren’ définit donc les règles de l’altérité fondées sur la bienveillance, la réciprocité et la droiture. La notion de ‘Li’ quant à elle, vient compléter par l’action appropriée, l’inclination morale établie par la notion de ‘Ren’. La civilisation musulmane fut également une autre illustration de ce mariage entre civilisation et civilité avec la notion de ‘adhab’ qui est au cœur même de l’éthique musulmane. La notion de ‘adhab’ établit une prédisposition morale à la courtoisie et à la générosité que vient compléter une étiquette exhaustive allant des bonnes manières, au protocole des repas.

Mais aujourd’hui, la liberté, la liberté sans entrave, la liberté de s’affranchir du respect et de repousser à tout crin la sphère de l’individu pour réduire la loi au simple arbitrage des intérêts particuliers constitue la pierre angulaire du type de société vers laquelle tendent toutes les nations du monde. Et il faudra bien appeler cela le progrès !

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Mais qui est donc l’homme de Vitruve?

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L’homme de Vitruve de Léonard de Vinci.

Au-delà de la question des proportions anatomiques idéales, on trouve dans l’homme de Vitruve de Léonard de Vinci, un enseignement ésotérique, mobilisant certains archétypes universels fondamentaux. Livrons nous donc à une analyse plus approfondie du symbole afin comme disait le grand métaphysicien Ibn Arabî «de dissocier l’écorce du noyau et l’apparent du caché ».

Examinons donc le premier archétype qui est symbolisé par le carré. Cette figure géométrique illustre la stabilité et la matière. Les quatre cotés représentent l’Homme limité dans une réalité finie, l’Homme basant son raisonnement sur les données sensibles ou rationnelles, en somme l’homme contemporain dont l’esprit est dominé par la raison, le calcul, la prévision et l’évaluation.
Tackh USHTE grand chef amérindien définissait d’ailleurs le cadre comme le symbole fondamental de l’homme blanc: «Le cadre de sa maison, des buildings où sont ses bureaux, avec des murs de séparation. Partout des angles et des rectangles : la porte qui interdit l’entrée aux étrangers, le dollar en billet de banque, la prison. Les rectangles, ses angles, un cadre. De même pour les gadgets de l’homme blanc – boîtes, boîtes et encore boîtes – téléviseurs, radios, machines à laver, ordinateurs, automobiles. Toutes ces boites ont des coins, des angles abrupts – des arêtes dans le temps, le temps de l’homme blanc, ses rendez-vous, le temps de ses pendules, ses heures de pointe – c’est ce que les coins signifient à mes yeux. Vous êtes devenus les prisonniers de toutes ces boîtes. » Affirmait-il.

Et l’on oppose traditionnellement au carré, le cercle, symbole reflétant l’infini, l’idéal, l’unité et la perfection. Car l’homme contenu dans le cercle est celui qui a transcendé la matière par la réalisation spirituelle. L’homme dans le cercle est celui qui a consommé l’union avec sa part divine ou cosmique, à laquelle il ne retourne qu’en abandonnant son individualité. Car le cercle est la figure géométrique des corps stellaires qui composent l’Univers. Toutes les formes de vie sont abritées dans le cercle, cercle tellurique de la terre d’abord puis cercle physiologique de l’utérus qui imprime au fœtus sa position arrondie. L’homme nouveau, apte à la renaissance est donc celui capable d’échapper à la finitude et aux contraintes liées au monde de la corruption et de la génération qu’est le monde de la matière. Il devient capable d’échapper aux limitations de temps et d’espace lorsqu’il s’élève au-dessus de sa conscience individuelle pour rejoindre la conscience cosmique qui englobe toute autre forme de conscience.

Symbole alchimique par excellence, l’homme de Vitruve tente de réaliser l’union du ciel (cercle) et de la terre (carrée) grâce au passage du rationnel au transcendant pour ainsi établir un équilibre entre ces deux principes opposées. Il réalise ainsi une renaissance et l’avènement de l’homme nouveau, l’Homme universel. Cet homme universel revient à l’androgynat primordial puisqu’il transcende la dualité des couples terre/ciel, féminin/masculin et passif/actif.

D’autre part la posture de l’homme de Vitruve nous rappelle celle de Jésus sur la croix. Léonard de Vinci ne tentait-il pas en soulevant cette énigme de nous initier à la symbolique hermétique de la crucifixion ? Le Christ cloué à la croix symboliserait ainsi l’homme aliéné à la matière qui ne peut se libérer de celle-ci que par une mort à lui-même, extinction de la conscience inférieure et individuelle, pour renaître à nouveau en tant que fils de Dieu lui-même.

La question qui se pose maintenant est : De quelle manière peut-on passer du carré au cercle ? En d’autres termes comment résoudre la quadrature du cercle ? La résolution de la quadrature du cercle est un problème qui hante les mathématiciens depuis l’antiquité ; de quelle manière construire un carré et un cercle de surface équivalente en tenant compte du nombre irrationnel π ? Ce problème n’a jamais été résolu en raison de la transcendance de π. Ce qui nous amène à nous éloigner de la perspective géométrique et algébrique pour tenter de résoudre le problème sous un angle nouveau.

Adoptons une approche symbolique du problème. Quel symbole pourrait réaliser la synthèse du carré et du cercle ? Comment faire en sorte que le carré devienne un cercle ? La réponse qui s’impose est « Grâce au mouvement ! »

Et le symbole du carré en mouvement est le swastika.
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Le swastika est un carré en rotation autour d’un centre immobile. Il est tout à la fois, un symbole antique mésopotamien, chrétien, byzantin, celte, hindouiste et bouddhiste. Il représente le feu central, la lumière primordiale, les quatre éléments, les quatre forces primordiales et les quatre points cardinaux. Ce symbole renvoie également à la roue solaire dont le mouvement génère la lumière originelle, il est le symbole cosmique de la transcendance.
On peut également relever que roue mais aussi cercle se dit ‘chakra’ en sanscrit. C’est le nom des sept centres énergétiques du corps ; le coccyx, le sexe, le nombril, le cœur, la gorge, le front et la fontanelle. Mises en mouvement, ces sept roues ouvrent la porte des sept cieux qui conduisent à l’autoréalisation.

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On peut donc conclure que l’homme de Vitruve de Léonard de Vinci définit à la fois les proportions anatomiques idéales du corps humain mais également la manière d’atteindre la plénitude de l’âme. Il est en cela le symbole de l’homme complet. Après tout «Mens sana in corpore sano » n’était-elle pas la devise de la renaissance ?

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La mort du désir dans le monde moderne

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Illustration des métamorphoses d’Ovide. Peinture baroque du XVème siècle.

Thanatos aura fini par vaincre Éros! Si les grecs de l’antiquité se gardaient d’invoquer et de nommer le fils de Nyx déesse de la nuit, il semblerait que l’homme moderne lui voue son existence entière. Et comment dira-t-on l’homme moderne pourrait-il vouer un culte au dieu de la mort quand il mène sa vie comme s’il n’allait jamais mourir?

Si l’homme d’aujourd’hui ne se prépare plus à la mort dans tous les actes de la vie quotidienne à l’instar des civilisations antiques, il n’en demeure pas moins habité par la perspective aigüe et glaçante de sa contingence et de sa dégénérescence programmée. Car depuis le berceau, l’existence entière se résume à une fuite en avant. Tous les âges de la vie ne revêtent pas la même crucialité et une perspective de renouveau comme l’admettaient les anciens qui avaient une vision cyclique du temps, pour l’homme moderne et sa vision linéaire du temps, la seule perspective est celle de la fuite en avant et de la putrescibilité. D’où une conscience aigüe du caractère éphémère, illusoire et même absurde de l’existence humaine et une recherche effrénée d’immédiateté et de jouissance.

C’est donc en dégradant radicalement sa vision du temps, que l’humanité a ôté toutes ses armes au jeune et vibrant Éros et qu’elle s’est jetée d’elle-même dans les bras décharnés et crochus du terrible Thanatos. Puisque c’est en insufflant le désir et en ajournant perpétuellement le plaisir et la satiété que Éros inspiraient aux hommes la volonté de vivre. Par cette seule fulgurance propre au désir et libératrice de toutes les puissances créatrices, l’homme a toujours conjuré la mort. Mais dans la société contemporaine, Thanatos règne en maître et soumet les hommes à une recherche systématique de jouissance qui dirige tous les aspects de la vie et détermine le sens de chaque effort.

Ce qui génère un ensemble de comportements insensés tel que ; la reproduction systématique d’un acte passé générateur de satisfaction plutôt que l’exploration de comportements nouveaux, la primauté de l’efficience sur la qualité etc… Ces nouveaux plis intellectuels pouvant d’ailleurs expliquer la crise actuelle de créativité qui secoue tous les domaines artistiques. Mais cet état de fait, la victoire progressive de Thanatos sur Eros va dans le sens de l’histoire si l’on en croit les écritures védiques. Car de la même manière que la dégénérescence de l’homme est programmée, celle du cosmos l’est tout autant, dans cette correspondance parfaite entre le microcosme et le macrocosme qui est au cœur de tout enseignement initiatique. Selon la cosmogonie hindoue qui reconnaît quatre grands âges au sein d’un même cycle cosmique, nous nous trouvons actuellement dans le quatrième et dernier âge de notre cycle, l’âge du démon Kali. Age de la décadence par excellence, l’âge de Kali est aussi appelé l’âge noir car il est celui où les hommes ont rompu le plus totalement leur lien avec le ciel et sont le plus parfaitement plongés dans l’ignorance. La souffrance des êtres étant à son paroxysme, l’âge de Kali est également celui de la rédemption prochaine augurée par la destruction du monde connu, l’avènement d’un nouveau Bouddha et le retour de l’âge d’or.

On ne peut donc conclure que par cette comparaison cosmique : « L’heure la plus sombre est celle qui vient avant le lever du jour ».

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L’amour, dans la tradition poétique musulmane

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Peinture du maître Mahmoud Farschchian.

L’amour est sans conteste le thème privilégié de toute œuvre poétique. Mais si la poésie d’Edmond Rostand, de Lord Byron ou de Baudelaire s’attache avant tout à mettre en vers les mille et unes facettes du sentiment amoureux, c’est avec une profondeur renouvelée que les poètes musulmans s’emparent de celle-ci et l’admette comme un subtil instrument du dialogue avec le divin.

Au demeurant ce qui est frappant dans les œuvres philosophiques et littéraires de grands maitres spirituels tels que Jalāl ad-Dīn Rûmi, Ibn Arabî ou encore Farīd al-Dīn Attâr, c’est que leur poésie non seulement ne s’affranchit pas des codes du genre tels que l’hommage à la beauté de l’être aimé, la description des différents états amoureux, ou encore le recours aux mécanismes métaphoriques, mais en exploite au contraire tous les ressorts.
Ainsi Dieu est désigné comme « le bien aimé » ou « l’aimé », le poète se désigne comme l’amant. Le poète se met lui même en quête de la grâce de l’objet de son amour et décrit les états de trouble, de désir, de passion et d’extase que produit en lui l’ascension spirituelle. Les allégories liées aux éléments abondent. Dieu est désigné comme l’océan d’amour que cherche à atteindre le chercheur de vérité. Dieu est également symbolisé comme la lumière, la flamme qui tantôt captive et tantôt consume le pèlerin.

Comme pour toute forme d’amour, l’amour spirituel a pour finalité l’union. Ainsi Ibn Arabî affirme dans son Traité de l’Amour que « la finalité de l’amour spirituel est la réunification ou identification (Ittihâd) qui implique que l’essence de l’aimé (dhât al-mahbûb) devienne l’essence même de l’amant (ayn dhât al-muhbibb) et l’essence de l’amant, l’essence même de l’aimé. Il conclut par ce simple vers : « Je suis celui que j’aime et celui que j’aime c’est moi ! », réaffirmant par là, le principe d’unicité de Dieu, fondement de la foi musulmane.

La poésie est ainsi un vecteur privilégié de l’exégèse spiritualiste car elle seule permet de rendre compte de la diversité de sensations et d’émotions engendrées par l’élévation dans les différentes stations spirituelles. L’imagerie et le symbolisme en sont les instruments. La symbolique du voile censé couvrir le visage de Dieu est couramment utilisée, sans doute comme rappel du voyage nocturne du prophète Muhammad à travers les différents cieux, lors de la nuit de Mirâj, quand un à un il dut écarter les voiles placés devant la lumière divine. Rûmi affirme « Derrière le voile existe tant de beauté ; là est mon être. »
D’autres symboliques parfois surprenantes comme le vin ou l’ivresse sont également utilisées par les poètes spiritualistes. Le plus connu des chantres de l’ivresse, le poète persan Omar Khayyâm disait dans un de ses célèbres quatrains : « Reste en compagnie du vin, c’est là le royaume de Mahmoud ».
En définitive à travers les siècles et les courants spirituels, la poésie s’est imposée comme la plus belle ambassadrice de l’amour de l’amour que constitue la passion de Dieu.

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« Dieu est mort, l’Art avec! »

« Piss Christ » d’Andres SERANNO.

L’Art et le sacré se trouvent intimement liés au cœur de toute civilisation humaine. L’alliance entre ces deux domaines cardinaux de l’esprit humain offrant souvent la meilleure perspective d’étude du legs d’une civilisation.
Car lorsque l’art permet le nécessaire et délicat dialogue entre l’homme et le cosmos, entre la conscience et les limbes impraticables de la psyché, entre le tangible et l’idéal, il se définit comme le disait Gauguin comme notre seule échelle vers Dieu.
L’Art serait donc depuis toujours la tentative de l’homme de mimer par l’acte d’abstraction puis de création l’œuvre originelle et perpétuelle du démiurge. Il répondrait à ce désir d’éternité, à «ce besoin inexprimé de divin qui est chacun de nous ».

Mais alors qu’advient-il de l’Art lorsqu’une société n’aspire plus au sacré, lorsqu’elle décide de procéder à l’extraction consciencieuse et systématique du religieux dans toutes les sphères de la vie publique et lorsque la froidure athée et positive se glisse dans les esprits en lieu et place du mystère et de la dévotion ?
Qu’en est-il de ce besoin fondamental de mystère et d’éternité inhérent à la condition humaine qui est par essence limitée et vouée à périr ? Où trouve-t-il à s’exprimer ? N’est-il pas paradoxal et même antinomique de parler d’Art athée ? L’Art peut-il faire l’économie du prodigieux et de l’Universel? N’a-t-il pas pour fonction première de faire naître à la lumière du conscient la part insaisissable et angoissante de l’imaginaire collectif ? En somme d’ouvrir une fenêtre pour que nous parviennent de loin en loin le souffle et les grondements de notre terrible Léviathan enchaîné par la raison et la civilité?

Mais l’on peut affirmer sans beaucoup se tromper que l’air du temps n’est pas plus aux mystères et aux liturgies qu’à l’encens et aux oraisons. Car il fut convenu que tout cela appartenait à l’âge obscur et rétrograde de l’esprit humain qui précédait l’avènement des lumières de la raison et du discernement.
Raison et discernement que vint parachever le règne de la quantité et de la mesure dans lequel nous vivons aujourd’hui. Mais l’Art véritable peut-il réellement s’accommoder de la quantité et de la mesure ? Mesure et quantification du temps pour commencer. Nous éprouvons depuis un certain temps ce qu’il est convenu d’appeler une accélération et une contraction du temps de plus en plus aigüe. Les rythmes de vie, de production et de consommation s’accélèrent prodigieusement d’année en année.
Le cycle de vie d’un produit, d’une information, d’une tendance ou d’une célébrité sont de plus en plus courts. Quid alors du temps nécessaire à la création ? De ce temps ni quantifiable à l’avance, ni rentable au demeurant précédant l’enfantement de toute œuvre? Rabelais ne prévenait-il pas que « Qui ôterait oisiveté du monde, bientôt périraient les arts de Cupidon » ?

Va-t-on bientôt constater que la raison a jugulé et chassé l’Art comme elle jugula et chassa le religieux? Car au fond s’il n’est plus possible de s’accommoder du mystère divin, pourquoi s’accommoder encore de cette branche du conscient qui prétend s’entêter à prospecter les limbes de notre esprit et qui va prendre sa source dans ces régions mystérieuses et hostiles à la raison? Non ! Il faut assurément que la raison ait son mot à dire dans cette affaire.
C’est pourquoi, il faut tout d’abord pour commencer que l’Art n’éclose que dans un univers contrôlé, il s’inculquera et sera assimilé dans un établissement scolaire tout comme l’arithmétique et la soudure. Il empruntera les langages de la raison et il aura une histoire et une finalité.
Il bénéficiera même, honneur suprême d’une scolastique nouvelle que prêcheront de nouveaux apôtres de la pensée rationaliste qui se poseront en esthètes de la pensée.

Et lorsque l’Art nouveau sera tiré de ces fûts d’élevage, il sera toujours temps de le consommer un bras accoudé au zinc glacial d’une salle d’exposition, un œil dubitatif glissant sur une toile maculée figurant le chaos déstructuré, mis en scène par un jeune esprit trop tôt sevré de liberté et d’espace. On pourra alors pousser un soupir d’aise en glissant une main fébrile vers son chéquier.

Certains soutiennent que la nature imite l’art, faut-il que celle-ci soit bien mal en point ?

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